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 fond de Tiroir

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Cracky
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Dim 2 Oct 2011 - 14:59

La plaine embrumée

Il était une fois un petit village éloigné des forêts et des montagnes. Il se trouvait entouré d'un mur de brouillard épais, gris et froid. Tout dans la brume n'était que prés plats où les habitants laissaient paître leurs troupeaux, où poussaient de hautes herbes, où il était facile de se perdre quel que soit le sens de ce terme. Ici vivait une fille qui n'avait pas dépassé sa quinzième année. Elle s'appelait Yunith et gardait le troupeau de son père parce qu'il n'y avait personne d'autre pour s'occuper de cette tâche. Elle était une fille pas moche du tout. Tous les jours elle menait les bêtes à l'extérieur pour qu'ils mangeassent, tandis qu'elle ne les quittait des yeux. Ce brouillard bloquait la lumière du soleil et du jour, transformant les pâturages en terre désolé à la vue des gens. Elle n'y voyait pas grand chose à trois mètres devant elle, pour ça elle comptait et recomptait les membres de son troupeau, gardant serré contre elle le moindre animal.

C'était tout dire à quel point elle pouvait vouloir quitter la région, voir ce qu'il y a au-delà de cette région sombre car blanche. Chaque jour elle faisait les mêmes gestes, les mêmes actes. Elle connaissait par ça les environs du villages comme sa poche chaque piège et danger, elle connaissait le cri des bêtes sauvages et savait sentir l'arrivé du froid ou de la chaleur, où trouver les plantes bienfaisantes et malfaisantes ; cet endroit était sa maison et son royaume, son petit monde. Il n'y avait rien qu'elle ne connaisse pas là, au bord du village, les seules menaces venaient d'ailleurs ; de plus loin dans la plaine embrumée.

Au soir d'un jour, un bruit se propagea à travers l'atmosphère, Yunith reconnut des pas et quelques sons curieux. Elle resta plantée dans son troupeau, on s'approchait, elle ne bougea pas. Elle ne le connaissait pas, ce bruit, elle observait la grisaille dénuder un cortège. À travers les vapeurs, quelques personnes s'approchaient, puis d'autres, et d'autres, elle pensa un instant que les enfers recrachaient leurs marmailles, les airs les cachaient encore un peu, mais la jeune fille remarqua leurs étranges accoutrements, les armes qu'ils portaient à tout âge et tout genre. Elle pensait qu'ils venaient de loin, ils passaient devant elle sans la voir. Quelques instants plus tard, le monde était parti.

Elle garda pour elle au soir l'angoisse qui l'avait un instant saisie. Elle ne dit rien à personne, puis retourna dans la plaine le lendemain. La brume s'était épaissie si possible pendant la nuit, elle emporta une lanterne qui faisait briller les vapeurs autour d'elle. On la voyait de pas trop loin, et on la vit. Depuis l'endroit où s'était installée la tribu que Yunith avait vue durant le jour d'avant, quelqu'un la remarqua. Il n'était pas le seul, mais il l'ignorait à cet instant. Intrigué par cette lueur, il s'avança vers elle, faisant le moins de bruit possible. Il marchait à pas lents et empêchait ses vêtements de froisser, le métal de cliqueter. Il brandissait son arme. Il vit la fille, s'arrêta à distance respectable. Il posa un genou à terre pour mieux l'observer, et son épée sur le sol, devant lui. Il n'y avait certes pas de danger avec cette lanterne.

Ce garçon était à peine plus âgé qu'elle, peut-être avaient-ils le même âge, mais il faisait légèrement plus vieux. Il s'appelait Koltrec et comme vous l'aviez peut-être deviné, il maniait l'épée et risquait de bondir sur l'occasion. Il n'en eut pas le temps. À travers cette pâte épaisse, des mains saisirent la jeune fille, Koltrec se releva et courut arme à la main, mais c'était trop tard, elle avait disparu.

Yunith fut emmené sans qu'elle sache comment. Elle sentait des mains qui la trainaient. Elle ne vit rien durant le trajet, et sentit à l'arrivé le sol froid et put voir autour d'elle des murs sans couleurs. Un sorcier caricatural était debout devant elle. Sans imagination, il força la fillette à nettoyer sa tour en attendant qu'il puisse la sacrifier comme d'autres au diable.

Le sorcier passait sa journée dehors, mais elle était quand même surveillée ou plutôt épiée. La jeune fille essaya d'ouvrir la lourde porte de fer qui lui barrait le chemin mais lorsqu'elle toucha la clenche, une chose plus végétale qu'humaine la poussa sur le coté et la força à retourner au travail, la suivit partout cachée dans les recoins de la tour. La jeune fille balayait chaque pièce mais ne pouvait s'approcher ni des portes ni des fenêtres. Si elle le tentait la chose l'en empêchait. Elle ne savait rien d'elle. Cependant elle espérait bien pouvoir déjouer ce cerbère.

Pendant ce temps-là, Koltrec s'était perdu dans le brouillard, il avait couru en recherchant la jeune fille. La région était dangereuse, il ne la connaissait presque pas, vu qu'il s'était jusqu'alors contenté de suivre son peuple. Il marcha longtemps, chercha un endroit surélevé pour voir au loin. Fatigué de marcher il continua tout de même son voyage, se sachant en danger à chaque instant. Il trouva un petit bâtiment, toqua à la porte espérant pouvoir s'y reposer avant de repartir chercher la jeune fille. Personne.

Il entra. Il n'y avait rien à première vue, juste une maisonnette plus petite qu'un clapier vide et gris. Koltrec ne se posa aucune question et s'allongea sur le sol pour se reposer. Tandis qu'il dormait, la nuit s'écoulait doucement jusqu'à ce que les cloches sonnèrent douze fois au village. Les cris du bronze perçaient le mur, réveillaient le garçon. Il faisait sombre, levé presque en sursaut il ne vit rien mais tourna la tête dans tous les sens, se demandant ce qu'il faisait là. Son esprit se focalisa une fois de plus sur Yunith, lui rappelant ce qu'il cherchait. Frappé par le destin et la flèche ou un peu stupide, il retourna dans les plaines, au milieu de la brume.

Les herbes, les plantes et toute la région montraient une autre facette. La brume était toujours là, blanche et grise, elle transformait encore les formes et les distances, jouait sur la manière dont on voyait le monde, emportait sous son manteau les couleurs et la nuit.
Toutefois elle présentait un aspect plus menaçant. Le bleu du ciel nocturne traversait et atteignait l’œil du spectateur, blessait le blanc et le gris qui s'insurgeaient, protestaient, réagissaient contre ces attaques. Partout pouvait se cacher une menace où un danger. Koltrec gardait la main sur son épée, prêt à bondir sur ce qui bougerait.

Derrière lui, il sentit une chose se mouvoir, un courant d'air infime le caressa, il se retourna, l'arme dans ses mains. Il n'y avait rien. Il abaissa son arme, puis la releva. La brume restait calme, les feuilles des arbres interprétaient l'air du tremble, un vent sinon la mort les poussait, les claquait, les secouait. L'air était léger, rien ne s'agitait. Il était surement trop inquiet, Koltrec reprit la marche. Il vit bientôt l'arbre derrière un voile, les branches s'ébranlaient, ni vent, ni brise. Au pied il y avait une ombre qui secouait l'arbre. Une apparition d'outre-tombe souvent appelé fantôme même si le terme ne convenait pas vraiment. Lorsqu'elle entendit Koltrec, elle se tourna vers lui.

_ Qui es-tu, Que fais-tu ici ?

Sans savoir pourquoi, Koltrec répondit sans hésiter et sans crainte.

_ Je suis Koltrec, je recherche une jeune fille qui a disparu dans la brume, et je me suis perdu.

_ Elle s'est enfuie ?

_ Non, elle a été tiré en arrière et s'est faite avaler par les vapeurs. Pourquoi ? Vous savez où elle pourrait se trouver ?

L'apparition entortillait ce qui semblaient être des cheveux dans ce qui ressemblaient à des mains. Lorsqu'elle répondit le garçon sursauta car sa voix était beaucoup plus basse qu'avant.

_ Peut-être. Tu sais ce que c'est que la plante de l'oublie ?

Koltrec secoua la tête, il ignorait tout de la botanique. L'apparition soupira.

_ Je vais peut-être te paraitre ennuyeuse, mais autrefois vois-tu j'étais une sorte de fée qui combattait les méfaits de la plante de l'oublie. Elle se cachait dans cette masse et attendait tranquillement que quelqu'un se perde physiquement dans les plaines. Elle était si petite que personne ne pouvait la voir et possédait une sorte de pouvoir, un peu comme un aimant. Ces gens égarés finissaient fatalement par la trouver et par lui marcher dessus. Ils étaient alors complstement perdus, car elle bloquait leurs souvenirs.

L'apparition lâcha une forme de soupir avant de continuer :

_ Je recherchais ces personnes, car moi seule possédait les clefs pour leur faire retrouver le chemin. Cependant un homme qui avait passé un pacte avec le diable trouva mon ennemie, il lui offrit un corps apte à se déplacer et se nourrir dans la mémoire de n'importe qui. Il m'attacha à cet arbre avant de s'enfermer dans une tour au plus profond de la brume.

_ Et quel est le lien avec cette jeune fille ?

_ Ce sorcier conserve ses pouvoirs tant qu'il peut offrir des âmes en échange. S'il ne le peut plus c'est lui que le diable emporte. Il enlève donc des gens, les laissent à la garde de la plante qui leur enlève doucement leur mémoire puis le diable les emporte.

Koltrec imagina un instant la scène : aucun souvenir et enfermé en enfer sans aucune chance de guérison, il trembla rien que de penser à cette situation sinistre et à cause du froid de l'atmosphère.

_ Comment aller à cette tour ?

_ Je te le déconseille.

_ Je comprends les risques, mais je dois y aller, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je sens qu'elle est là-bas.

_ Si elle y est, tu ne peux plus rien pour elle. Elle est condamnée.

_ Où se trouve cette tour ? Insista-t-il.

L'apparition désigna une direction.

_ Par-là. Mais n'oublie pas que la plante de l'oublie a un bel appétit, je pense qu'en se retenant, ton amie a moins de deux jours avant d'errer.

À ces mots Koltrec se glaça. Une journée était presque écoulée depuis qu'elle s'était fait happer. Il remercia l'ancienne fée et courut le plus vite possible vers la tour. L'apparition le regarda s'éloigner, en espérant de tout son cœur qu'il ne la trouve jamais. Quand il disparut, elle s'en retourna secouer son arbre, car elle n'avait rien d'autre à faire jusqu'à ce que le sort se dissipe.

Yunith était à cet instant précis allongée dans un coin de la cuisine où le sorcier avait laissé un peu de paille pour qu'elle dormît. Elle était tout éveillée, son esprit était encore clair même s'il n'était plus aussi lucide que le jour précédent. Elle n'arrivait pas à dormir car la chose était là, répugnante. Elle était assise sur une chaise, aspirant petit à petit les plus intimes moments de sa vie. Si elle n'était pas très intéressante, elle avait l'air de plaire à la plante de l'oublie qui s'appliquait avec forte joie à continuer son travail. La situation était hideuse et la nuit passa très lentement.

Au matin Yunith retourna à son travail, le sorcier partit pour la journée. Elle l'entendit à travers une porte murmurer qu'il se débarrasserait d'elle au cour de la nuit prochaine. Yunith s'affola un peu, il ne lui restait plus beaucoup de temps pour s'enfuir. Dans son chef plusieurs plans farfelus s'élaborèrent. Elle songea à empoisonner la chose, mais elle ignorait de quoi elle se nourrissait, d'essayer à tout prix de passer la porte, mais il était certain qu'elle ne pourrait pas supporter les attaques répétés. Elle travailla toute la journée dans cet état d'esprit, l'après-midi s'approchait de son terme.

Elle s'inquiéta pour le futur. Elle repensa à son passé, mais seul la haine qu'elle portait à la brume surgit de ce qui n'était déjà plus grand chose. Elle fut saisit d'angoisse. Elle se rappelait aussi de sa capture, mais quel était le nom de ces choses laineuses qui l'entouraient ? À quoi servait-elle ? Qu'avait-elle fait après son arrivé ? Elle avait oublié sans le remarquer la plus grande part de sa vie et les souvenirs qui lui restaient n'étaient plus que des éléments sans liens ni cohérence. Elle comprit dans un éclair ce qui lui arrivait. Elle n'avait auparavant jamais perdu la mémoire, elle en était certaine.

Koltrec s'approchait de la tour. Il était fatigué de sa course. Le sorcier rentrait chez lui. Il ne vit pas le jeune garçon caché non loin. Il ouvrit la porte.

Yunith prit dans sa colère une buche dans la cheminée, couverte de braises et s'attaqua à la chose. Que cette chose lui était forte et dangereuse, il n'en savait plus rien. La jeune fille planta les braises contre son corps. La plante de l'oublie fut surprise, jamais personne ne l'avait ainsi maltraité, ni avant, ni après qu'elle entrât au service du sorcier. Le contact nouveau du feu la blessa, elle ne le craignait pas, mais elle souffrait, elle se mit en colère et attaqua à son tour la fillette. C'était dans cet état de bataille que le sorcier retrouva sa prisonnière et le geôlier.

Il chercha à comprendre un instant ce qui avait pu se passer, puis il agrippa fermement Yunith pour les séparer. Koltrec assistait à la scène, ni une ni deux il bondit et transperça le sorcier de part en part. Le sang jaillit noir et recouvrit le sol, macula Koltrec et Yunith. Le garçon attrapa la jeune fille et s'enfuit de la tour.

Yunith avait absolument tout perdu. Son esprit n'était plus rien, les dernières bribes de souvenir qu'il lui restait était partis, emportés par le contact avec la plante de l'oublie. Il ne lui restait en mémoire que les actions qui suivirent ce contact, quand elle fut attrapé par le sorcier et recouverte de sang. Elle et Koltrec ne retrouvèrent pas leur chemin, ils restèrent prisonniers de la brume, loin du village, de la tour et de la tribu. Yunith voyait désormais sans comprendre pourquoi cette purée de pois blanche comme un doux abri. Elle ne se voyait pas la quitter, parce qu'elle s'y sentait en sécurité, en dehors de cette tour sinistre.

Le diable vint le soir même chercher son dû. Il ne trouva rien et emporta donc son esclave au plus profond des enfers. Par cet acte, il rompit les sortilèges et malédictions qui avaient été lancé. La plante de l'oublie reprit sa forme d'origine et la fée se sépara de son arbre. L'un et l'autre reprirent depuis leur lutte de toujours.
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Daisuke
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Mar 11 Oct 2011 - 19:56

Le genre d'histoire qui gagnerait à être développé, le scénario est intéressant et sympathique.

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Cracky
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Mer 12 Oct 2011 - 7:00

D'accord, merci.
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Cracky
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Sam 5 Mai 2012 - 13:48

ça fait longtemps que je n'ai pas écrit d'histoire courte, en voilà deux peut-être moins bonnes, le but de celles-ci c'est plus ou moins de les illustrer (mais je doute que je le fasse un jour):

La mort de Morel

Il était une fois un marchand qui avait trois filles et un fils nommés Allissandre, Iliane, Eleste et Morel. Les trois filles étaient belles, intelligentes et sages, chacune à des degrés différents. Le fils n'était ni particulièrement beau, ni intelligent, sage, fort ou quoi que ce soit. Il ne possédait pas de qualités visibles, il cachait avec précaution ce qui faisait sa valeur. Le dire aurait été une ineptie, vain. Morel pouvait lire le futur des gens, l'esprit de ses proches n'aurait pas digéré une telle fantaisie.

Un jour, le fils du marchand marcha non loin d'une grande forêt. Derrière un buisson, il entendit un louveteau se débattre dans un piège. En parlant doucement à l'animal, il le libéra. Le louveteau le regarda sans comprendre ouvrir le piège, puis l'entendit murmurer :
« la foudre va bientôt détruire cette forêt ».
Seul, Morel ne retenait pas son pouvoir de prédiction. Il fut surpris quand le louveteau répondit :
« comment peux-tu le savoir ? »
Il lui expliqua, tout de même étonné, son pouvoir. Le louveteau disparut ensuite ensuite en disant :
« Je m'appelle Méor, je suis un lycanthrope et je paierais ma dette. »
Morel rentra chez lui, son pouvoir se déclencha alors, en même temps que tonna le tonnerre.

Il existait dans un château lointain un méchant sorcier qui recherchait une femme à épouser. Morel le voyait s'approcher de ses sœurs sous les traits d'un mendiant. Il savait tout, mais n'arriva à rien. Il ne put convaincre ses sœurs de partir pour la journée, il ne put les persuader de rester à l'intérieur, il assista impuissant à l'enlèvement d'Allissandre. Lorsqu'elle s'approcha pour donner l'aumône, il la changea en pièce et la mit dans sa poche.
De chagrin, Morel perdit tout contrôle et se jeta sur le sorcier pour réccupérer sa sœur, en un geste, le sorcier le fit rejoindre l'ombre et la poussière.

Le sorcier emporta Allissandre jusqu'à son repaire où il l'auto proclama sa fiancée. Elle resta dans ce château quelques jours, jusqu'à ce que le sorcier annonce devoir s'absenter. Il lui laissa le trousseau de clef, à l'exception de celle qui ouvrait la grande porte. Elle pouvait aller partout dans le château, mais ne devait jamais employer la petite clef qui ouvrait la porte des caves. Sur ces recommandations, le sorcier s'en alla.

Inutile de faire un dessin. Lorsqu'elle eut ouverte toutes les porte à la recherche d'un passage secret vers l'extérieur, cherché tous les moyens de s'enfuir, elle se jeta sur la porte de la cave en espérant qu'il y avait derrière un passage vers la liberté. Elle fit plusieurs pas avant de glisser sur un liquide poisseux. Sa lampe se brisa sur le sol, en illuminant les corps de trois ou quatre personnes. Elle s'enfuit du souterrain après cette découverte.
Lors du retour du sorcier, le sang sur le sol du souterrain la barbouillait toujours malgré tous ses efforts pour l'effacer. Sans remords, il l'envoya à nouveau dans la cave. Il arriva la même chose à Iliane.

Depuis l'ombre, Morel voyait de mieux en mieux le futur. Avant, il ne le voyait que par brefs éclairs, maintenant il pouvait le voir distinctement, à la fois mouvant et figé. Il assista au sort de ses deux malheureuses sœurs, puis à l'enlèvement de la dernière. Il lut attentivement tous les futurs qu'il pouvait provoquer, et se décida à intervenir.
Après que le sorcier laissât les clefs à Eleste, il lui apparut. La jeune fille prit peur, puis se glaça, dès lors qu'elle apprit ce qui s'était passé. Elle l'écouta attentivement et jura de faire ce qu'il lui avait dit, après quoi il disparut.

Morel sortit du château. Il appela Meor qui vint et prit une forme humaine lorsqu'il vit l'état du garçon.
« Que t'est-il arrivé ? Tu veux que je te rendre ta vrai forme ? »
« Non répondit Morel. Elle est pratique pour quelqu'un comme moi. J'ai besoin de toi mais pour autre chose. »
Il lui expliqua en détail ce qu'il voulait, le sauvetage de ses sœurs. Après quoi, il ajouta :
« Si tout se passe bien, c'est moi qui te serait redevable. »

Pendant ce temps, Eleste employa la petite clef, mais ne toucha pas à la clenche. Lorsque le sorcier rentra, il remarqua l'absence de sang et décida de l'épouser le lendemain. Pour fêter ça, le sorcier but énormément, à tel point qu'il s'endormit et ronfla. Eleste entra dans sa chambre et lui vola la grande clef, elle ouvrit la porte. Méor entra et prit forme humaine.
« Je vais m'occuper du sorcier, chuchota-t-il en montrant un poignard en os. Tu as la potion ? »
Eleste lui montra un bouteille de liquide clair. D'un signe de tête il partirent chacun de leur côté.

Eleste ouvrit la porte de la cave et y pénétra à la lueur d'une bougie. Elle était terrorisé par ce qui se trouvait au fond. Elle descendit quelques marches et s'arrêta avant la mare de sang.
Elle ouvrit la bouteille et en versa le contenu sur le sol. Le sang se changea en une épaisse fumée et les corps reprirent couleurs et vie. Elestre se jeta dans les bras de ses deux sœurs.

Ils quittèrent le château le jour même. Méor les guida jusqu'à leur maison qu'ils trouvèrent quelques jours plus tard. Morel partit avec Méor et ils devinrent amis, ils revinrent malgré tout souvent voir les trois sœurs.
Ils grandirent, Allissandre partit épouser un membre de la petite noblesse, Iliane se maria l'année suivante avec un ami de leur père, un marchand comme lui. Eleste refusa les propositions de son père et partit trois ans plus tard épouser Méor.


La fille de la fée des fleurs

Il était une fois dans une époque oubliée, un empereur qui aimait les animaux. Il les aimait tant qu'il avait fait construire un jardin immense autour de son château où étaient enfermés des spécimens de chaque espèce qui peuplaient le globe.
Il avait également une fille, Sélène. Hélas, elle était doté d'un caractère insupportable, à la fois têtu et colérique. Elle ne pouvait se calmer qu'en se promenant dans l'immense jardin de son père.

Un jour l'empereur mourut. On l'enterra au calme. M'ayant qu'une fille pour lui succéder, l'ensemble de la noblesse réclama qu'elle prit immédiatement un époux parmi eux pour que l'empire retrouve un souverain. Personne ne voulait d'une impératrice comme souveraine.

La fille de l'empereur se mit en colère, elle jura, pesta, cria, hurla, protesta. Elle ne voulait ni diriger, ni d'un de ces coqs comme époux. Elle aimait quelqu'un, mais ce n'était pas un noble, pas un être humain. Elle finit tout de même par céder. L'un des prince monta sur le trône et devint officiellement son époux. Néanmoins, il dirigea sans jamais la rencontrer depuis son propre château. Elle l'aurait tué.
Pendant qu'il dirigeait l'empire, elle restait au palais de son père où il ne pouvait pas aller. Au cour de ces années, Sélène continua à se promener très souvent au milieu des animaux. Elle lut aussi énormément de livres et de grimoires.

Un jour Sélène tomba enceinte et donna naissance à un garçon. L'information atteint les oreilles de l'empereur qui devint fou de rage. Qu'il ne puisse la voir, d'accord, qu'elle le déshonore, non. Il ignorait qui était le père, mais il s'en vengerait.
Pour commencer, il ordonna à un de ses hommes de rentrer au service de sa femme et de découvrir qui elle voyait en cachette. Cet homme ne lui apprit rien. Sélène le découvrit et le renvoya. Le même sort arriva aux espions suivants. Il paya donc très cher un vieux magicien qui réussit la mission. Il revint au bout de deux jours, sous l'apparence d'un papillon, il avait tout découvert.
« L'impératrice est allée dans le jardin où elle a employé la magie pour endormir d'éventuels poursuivants, après quoi, elle est entrée dans l'enclos du crocodile et a jeté un sort qui lui donna apparence humaine. C'est lui, le père. »

L'empereur n'arriva pas à se calmer. Jamais il n'avait été autant humilié et en colère. Il n'aurait jamais pu pensé à ça. Il pensa à le faire abattre, mais se ravisa. Il ordonna à la place à ses hommes d'enlever et de revendre tous les animaux pendant la nuit. Après ça, il brisa son mariage mais conserva le trône.
Lorsqu'elle se réveilla, Sélène n'avait plus que son château et son fils. Elle eut beau protester, pleurer, rien n'y fit.

Sélène passa les années qui s'écoulèrent ensuite à élever seule son enfant. Elle l'appela Mech, il grandit vite et devint plus solide que les enfants de son âge. Elle lui parla longtemps de son père, lui enseigna un peu ce qu'elle savait. Il avait hérité un peu du caractère de sa mère.
L'empereur le vit un jour débarquer devant lui, et réclamer le trône en tant que fils de l'imperatrice. L'empereur ne voulait pas lacher le trône, il déclara que le fils d'un animal ne pouvait pas régner et le renvoya. Mech revint le lendemain et le jour suivant. Il n'hésita pas à crier et se battre contre les gardes s'il ne pouvait pas entrer. On commençait à murmurer en sa faveur dans les couloirs.
L'empereur prit conscience du risque que cet enfant représentait. Il lui proposa un marché : s'il réussissait une épreuve, il lui laisserait le trône, sinon, il devrait disparaître à jamais. Mech accepta.

L'empereur cogita trois jours. Après quoi, il ordonna à Mech d'aller ramener la fille de la fée des fleurs, Flore, qu'il souhaitait épouser malgré la volonté de la mère.
Pour protéger Flore, sa mère l'avait caché au château de la rosée, dans une des tours, parmi des dizaines de dizaines de fleurs. Elle avait également placé dans les couloirs plusieurs animaux dangereux.
Mech ne savait pas où se trouvait ce château. Il prit le chemin du retour pour demander conseil à sa mère.
« Je préfèrerais que tu laisses le trône en paix. Lui dit-elle. Mais je vais quand même t'aider. Le château se trouve à l'ouest d'ici à un ou deux jours de marche. Pour ouvrir la porte de la tour, il te faudra trouver la clef qui se trouve dans la gueule d'un des gardiens. Si tu entre dans la tour, tu trouveras des fleurs et seulement des fleurs. Flore est caché à l'intérieur de l'une d'elle, mais tu ne pourras en ouvrir qu'une seule, car les autres contiennent un poison mortel. Chacune te dira une énigme, la bonne est celle dont la réponse est une valeur. »
Mech prit congé de sa mère et marcha jusqu'au château.

Il entra dans le château et tomba sur un des gardiens. Il se battit et le tua d'un coup de couteau. Ce n'était pas le bon. Il continua son chemin, tua plusieurs autres animaux, fut attaqué, blessé, mais continua son chemin malgré tout car il avait hérité de la peau dur de son père. Il rencontra finalement le bon gardien, un crocodile qu'il étrangla. Avec la clef, il ouvrit la porte.

Il y avait dans la tour des dizaines de fleurs, toutes les couleurs, toutes les formes et les parfums qu'il aurait été capable d'imaginer. Touché, il écouta la première fleur qui lui chanta :
« L'ai quatre pattes le matin, deux le midi, trois le soir, et plus j'ai de pattes, plus je suis fragile. »
Il réfléchit deux minutes et se tourna vers une seconde fleur :
« Je suis l'ainée d'une grande famille, je suis dans l'année mais jamais dans le mois, je suis dans la chaleur et la glace à la fois... »
Puis vers une autre qui chanta :
« Je serais Chateaubriand ou rien. »
Après chaque fleur, il en écouta une autre puis une autre jusqu'à ce qu'il se jette sur les pétales d'une fleurs jaune et rouge qui chantait :
« Je lie, je contraint, mais tous me sollicite. Ceux que je ne touche pas inspire la pitié. »

À peine avait-il arraché un pétale que la fleur luit et devint blanche. Mech s'écarta en tremblant et tomba à genou. La fleur s'ouvrit légèrement et avec grâce, Flore apparut, délicatement sur le pistil. Elle lui tendit la main, il se releva.
La fée des fleurs arriva quelques minutes plus tard. Mech avait perdu l'épreuve. Il abandonnait sciemment le trône. Sa mère fut heureuse, la fée joyeuse, Flore et Mech au-delà des mots. L'empereur apprit bientôt la nouvelle et ne sut s'il devait se réjouir ou s'en offenser. On enterra dignement les gardiens morts, et il y eut un mariage.
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Cracky
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Dim 17 Mai 2015 - 22:10

J'ai réussi à finir ce *** de texte. Je le poste avant d'avoir envie de le réécrire.
à savoir que c'est un texte qui a pour but de devenir un album, si j'arrive à m'y mettre.

La Quête du Fungal

Autrefois, une tribu paisible d'êtres des bois peuplaient les îles du couchant: les Fungals. Ils étaient gouvernés par le duc de Mœron, qui avait été un bon vivant, jusqu'à ce que la mort de sa femme ne le rendît amer. Ses vassaux le poussèrent à se remarier après quelques années de deuil, mais la nouvelle duchesse se comporta en telle mégère qu'il s'enfermait des heures dans une tour de son château pour retrouver la paix.

La duchesse détestait en particulier Gwinien, le fils aîné du duc. Elle encouragea ses frères et sœurs à le haïr également. Ce Fungal devait hériter de l'ensemble des terres de son père.

Gwinien n'avait cependant aucun goût pour le pouvoir. Les lois l'ennuyaient, de même que les visites des vassaux et des pairs du duc et l'organisation des fêtes et des récoltes. Il avait une âme de chevalier. Il souhaitait se mettre au service du roi et partir à l'aventure, combattre les monstres et la félonie, aider les miséreux et dédier ses exploit à cette Merwenn, douzième fille du comte d'Albaten, qui lui était destinée devant l'éternité, d'après les derniers mots de sa mère.

Mais ses proches méprisaient son goût pour l'aventure. On n'avait jamais vu de Fungal se battre, et encore moins une vraie demoiselle parler dans un rêve. Il n'avait pas toute sa tête, sans doute ne l'avait-il jamais eue. Il avait des visions.

Tous les ans à la fin de l'automne, le duc organisait un grand banquet où il invitait tout le peuple de Mœron, ses vassaux, ses voisins, tous ses amis dont certains vivaient à l'autre bout de la carte. Un de ses fils, en pleine discussion avec des amis, parla de Gwinien et de Merwenn de telle manière qu'il provoqua leur rire, puis l'hilarité de ses voisins et de leurs voisins.

Il le ridiculisa tant, que Gwinien, rouge de colère, se leva de table et le frappa au visage du poing, la foule se leva et s'écarta. Son père sortit alors de sa torpeur, et poussé par la surprise et la honte, il lui ordonna de quitter la grande salle et de ne plus paraître devant lui tant qu'il se comporterait comme un barbare. Poings crispés, et se retenant de pleurer, Gwinien marcha jusqu'à un recoin du jardin où il se sentait en paix.

Le Fungal se calma bientôt. Il se releva, se frotta les yeux et se dirigea vers les écuries. Son père ne voulait plus le voir? Très bien. Lui voulait partir. Il aurait dû partir depuis longtemps.

Il s'approchait d'une monture, quand il sursauta. Il entendit une voix.

« Tu es décidément trop hardi pour rester parmi les Fungals. »

Son parrain se tenait derrière lui. C'était un Eskern, natif des Terres désolées, du nom de Kongar, ami du duc. La famille de Gwinien le tenait pour responsable de sa soif d'aventure, puisqu'il aimait voyager et tuer des monstres. Lorsque le Fungal lui racontait son ambition auparavant, il se contentait d'en rire.

Il détacha deux montures, aida son filleul à monter et lui donna quelques conseils tandis qu'ils passaient les portes.

Une fois loin de Mœron, ils laissèrent leurs montures dans un port et prirent la mer, s'arrêtèrent sur diverses îles pour accoster aux Terres désolées. Un immense territoire, sec, morne, sauvage, parsemé de quelques hameaux fréquemment détruits par des bandits ou des monstres carnassiers.

Kongar lui donna un bâton avec lequel il lui apprit à se défendre et combattre. Il lui enseigna ce qu'il savait des différents royaumes, de leurs peuples, des créatures, des monstres, des règles des chevaliers.

De mois en mois, Gwinien grandit. Quand il le jugea prêt, Kongar lui confia une vraie épée et l'emmena à une faille rocheuse.

« C'est quoi cet endroit ? » demanda Gwinien.

« L'antre de l'enchanteresse Maodana. Si ta Merwenn existe, elle saura la trouver. Fais ce qu'elle te dit et sois poli. Je ne peux pas t'accompagner. On ne peut la rencontrer qu'une fois dans sa vie. »

Gwinien fit quelques pas, l'estomac noué, il jeta quelques regards vers son parrain. Il rassembla son courage et ne se retourna plus.

La grotte menait à une vaste caverne, en partie remplie d'eau de mer. Maodana, assise sur un roc taillé couvert de nacre l'observait approcher dans un  cristal. Il l'aperçut.

« Approche, approche, Gwinien de Mœron. »

« Comment ?... »

« Je ne laisse entrer personne que je ne connaisse déjà dans tous les détails. » répondit-elle.

Elle lui montra des cristaux partout accrochés sur la roche, où apparaissaient des visages et des lieux.

Elle se leva, tandis qu'elle se dirigeait vers une table affaissée par mille parchemins et ingrédients, Gwinien lui raconta comment il rencontrait Merwenn dans ses rêves.

« Comme c'est mignon. » le coupa-t-elle, puis lui tendant des ciseaux : « Coupe-toi les cheveux. »

Maodana savait presque tout, et elle savait le rappeler. Gwinien lui obéit. Elle mit une partie des mèches dans un bocal et brûla le reste.

Elle lui dit alors ce qu'il voulait savoir. Merwenn était la fille du duc d'Albaten, Auquel le sorcier Ispecar vouait une haine insatiable, même après la mort du duc. Elle s'était enfuie et se cachait dans un château dissimulé à la source d'une rivière de l'île d'Eûtrill.

« Dépêche-toi, Gwinien, et sois prudent : le sorcier sais déjà que tu la recherches. »

Gwinien la remercia et courut à l'extérieur. Maodana le suivit des yeux puis se retourna. Elle avait quelqu'un à contacter.

Kongar écouta son récit, il savait où trouver la source. Avant cela, il le mena un peu plus loin où il entendait une créature grogner. Que pourrait Gwinien contre un sorcier s'il ne pouvait pas l'abattre ? Il s'assit non loin et le Fungal s'en approcha. Celle-ci était bien plus grosse et menaçante que toutes celles qu'il avait combattu auparavant. Commr elle l'attaqua, il dut rouler sur le côté. Sortant son épée, il se releva, attaqua. La créature reçut son coup sans saigner, le frappa, l'assomma. Kongar intervint.

Une fois le monstre éventré, il attendit que Gwinien se réveillât puis le frappa :
« Tu te battais bien mieux avec un bâton, chevalier ! »

Puis, plutôt que de le gronder plus longtemps, il se tut pendant plusieurs jours. Ils traversèrent à nouveau la mer. Gwinien avait honte. Il se jura de s'améliorer.

Ils s'enfoncèrent dans une forêt après un long trajet à travers l'île dans laquelle passait la rivière. Alors qu'ils la longeaient, ils furent attaqués par des Urtógs, un peuple pourtant pacifié vivant là. Ils hésitèrent à frapper : Sils étaient ensorcelés par le sorcier ? Kongar se servit du manche de son arme tandis que Gwinien, après s'être dégagé, roula sur le côté et arracha une branche basse avec laquelle il frappa son ennemi le plus proche.

Il l'assomma. Le Fungal leva les yeux vers Kongar qui en mis un autre hors d'état de nuire, puis il bondit dans les pattes de deux autres pour les renverser. L'Eskern le surveilla d'un coin de l'œil. Il se débrouillait mieux qu'avant. Il donna un coup de poing dans le ventre d'un Urtóg, mais un autre l'agrippa de derrière par le cou et le renversa, l'enserrant de toute ses forces, dans la rivière.

Gwinien ne lui porta pas secours. Deux Urtógs étaient encore debout et lorsqu'ils furent au sol, il n'y avait plus trace de son parrain. Le Fungal resta quelques instants pétrifié, le regard en direction de l'aval, le corps tout tremblant, le regard sec. Un guerrier comme lui ne pouvait pas mourir ainsi. Il s'en sortira. Il n'aurait de toute façon pas accepté d'être secouru  par un aussi piètre combattant que lui, et encore moins pleuré. Gwinien reprit la route en retenant ses larmes et son envie de se retourner.

Il arriva bientôt dans une vallée, où stationnait une meute. Quand un Kistin courut dans sa direction. Il commençait à en avoir marre de rencontrer des gens qui utilisaient son nom sans qu'il ne les eût connus. Il lui expliqua qu'il savait très bien qui il était, car il était le frère de Merwenn, Urvan, qu'il aidait sa sœur à protéger son château. Il lui fit signe de le suivre et utilisa l'instrument qui pendait à son côté, les carnassiers s'écartèrent respectueusement devant eux et reprirent leur place.
« On ne peut accéder au château que par cette vallée. » Expliqua-t-il.

D'autres gardes s'écartèrent en entendant le frère de la châtelaine jouer. Le château, d'abord invisible, apparut au sommet d'un rocher. Merwenn, les apercevant du haut de sa tour, donna des ordres et descendit à leur rencontre. Dès qu'il la vit, d'aussi pâle qu'il était d'ordinaire, Gwinien devint rouge vif.

Elle les salua, puis après un instant, se jeta dans les bras de son frère. Le Fungal les regarda un peu déçu. C'est normal. Elle est sa sœur.

[Mais lorsqu'elle voulut s'écarter, son frère resserra son étreinte. Se tordant de douleur, il expira une fumée bleue. Gwinien resta figé un instant, Merwenn, plus vive, mordit la main de son frère, le sorcier se servait de lui pour outrepasser les protection de son domaine. Elle tira l'épée de Gwinien et trancha le bras d'Urvan. Elle fut alors projeté en arrière, tandis que le sorcier apparût. Il se tenait devant le Fungal, Merwenn et Urvan à sa portée. Gwinien ramassa son arme et l'assaillit, lui transperça le bras.

Ispecar s'esclaffa. C'était ça qui se dressait contre lui ? Un Fungal ? Les gardes courraient mettre leurs seigneurs en sûreté. Pendant ce temps, Gwinien retenait le sorcier qui le regardait, amusé, méprisant. Il les rattraperait, le Fungal mort.

Un sort rata de peu. Gwinien avait bondi en arrière, puis bondit en avant, toucha, mais fut repoussé d'une bourrade. Il roula puis se redressa, voyait le regard plein d'orgueil d'Ispecar, tandis que des étincelles jaillirent de ses doigts. Il se baissa puis se rua, sa lame manqua le sorcier.

Le combat le lassait. Le sorcier fit durcir sa peau, des écailles lui poussèrent, ses pattes s'allongèrent. Gwinien revint de sa stupeur puis bondit. Ispecar transformé en chimère, la gueule béante, cracha un jet de flammes que Gwinien évita de justesse. Avec son attaque suivante, les griffes du sorcier tracèrent trois sillons de sang sur son torse. Il cracha, trois arbres se consumèrent. Il attrapa le Fungal entre ses crocs, prêt à l'avaler. Alors Gwinien perça la gorge de son ennemi dans un dernier effort, puis il perdit connaissance.

Le sorcier continuait à serrer, lui broyant la poitrine,puis, avant qu'il ne reprit sa forme originelle, il s'éteignit. Quelques gardes qui avaient assistés de loin au combat accoururent et emmenèrent le Fungal au château.]

Les gens d'Albaten fêtèrent longuement la mort de leur ennemi. Urvan obtint une main en métal avec lequel il put continuer à jouer. L'événement se propagea dans toute l'île d'Eûtrill et même dit-on alors, jusqu'aux oreilles du duc de Mœron qui commença à reprendre des couleurs après toutes ces années de mélancolie. Gwinien resta au château le temps de guérir, et celui qui lui fut nécessaire pour connaître mieux Merwenn et lui faire accepter le mariage. Même si elle savait qu'il lui était destiné, elle n'était pas du genre à se marier rapidement.

Ensuite, Gwinien rejoignit la capitale. Il y retrouva Kongar, qui avait survécu à sa chute dans le fleuve. Il l'emmena à la cour où les autres chevaliers et le roi, connaissant ses prouesses, le reconnurent des leurs, comme le seul Fungal digne de figurer avec eux.



[Mais lorsqu'elle voulut s'écarter, Urvan continua à lui tenir la main. Se tordant
de douleur, il fut entouré de miasmes sombres. Merwenn comprit plus vite que Gwinien, elle mordit la main de son frère pour qu'il la lâchât, puis tira un couteau et la lui trancha. Le sorcier s'était servi de son frère pour la retrouver et il se tenait désormais devant le Fungal, maintenant avec Merwenn et Urvan à porté de main. Ils étaient les derniers d'Albaten encore vivants. Gwinien se jeta sur lui et lui écorcha le bras de sa lame.

Ispecar éclata de rire. C'était ça son chevalier servant ? Un Fungal ? Les gardes les rejoignirent et cherchèrent à protéger Merwenn et Urvan. Gwinien gêna suffisamment le sorcier pour qu'ils fussent mis assez loin de la bataille. Le sorcier se tourna vers lui l'air de rire. Il les trouverait vite lorsqu'il aurait fini.

Le Fungal fendit l'air. Il toucha une deuxième fois Ispecar, mais celui-ci, d'un geste le repoussa. Il était si sûr de lui. Il péchait par orgueil. Gwinien se baissa pour éviter les flammes qu'il lui lança et bondit, sa lame siffla. Il rata le sorcier.

Le combat commençait à trop durer. Le sorcier recula d'un pas, puis sa peau durcit, puis ses pattes s'allongèrent. Gwinien se pétrifia une seconde, puis il bondit : Ispecar se transformait en chimère. La gueule béante, il cracha un jet de flammes que le Fungal ne put éviter que de justesse, avant de planter s a lame dans sa patte. Ispecar le repoussa, laissant sur son torse trois traces de griffes ensanglantées. Il cracha à nouveau, réduisit trois arbres en cendre, puis, après que le Fungal réussit à esquiver, l'attrapa entre ses crocs, prêt à le broyer. Alors Gwinien poussa de toutes ses forces parvint à couper la gorge de son ennemi. ]
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Ven 26 Juin 2015 - 15:24

Suite à un commentaire de ma sœur, j'ai modifier une partie de ce texte. Je l'ai mise entre crochets et ai mis la version d'origine à la fin (aussi entre crochets).
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Cracky
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MessageSujet: Re: fond de Tiroir   Dim 28 Jan 2018 - 15:58

Je ne sais pas si je mettrais la suite, mais il s'agit du premier chapitre du roman que j'écris en ce moment. Ça forme comme une histoire autonome, je précise.
Carte à la fin.

Chapitre I : La Mort du roi



Une semaine s'était écoulée. Les sept barons sortirent en silence de la Salle Verte. Quatre-vingt-quatre coups de tambour résonnèrent à travers les rues de Walcaff. Les habitants se réjouirent d'avoir un nouveau roi.

La situation n'était pas rassurante. Fini les petites escarmouches de la part des seigneurs rogomètes : leur royaume était puissant de nouveau, debout, prêt à s'étendre vers l'est. Les barons avaient pour cela renoncé à élire la personne désignée par leur défunt roi comme il s'en seraient contenté en d'autres temps. Ils acclamèrent Haffron Palliog, le duc de Jaffra.

Il n'était pas leur choix préféré, mais il était sans conteste le plus sûr. Les Palliog possédaient une grande puissance depuis des siècles au-delà même des frontières du royaume.

C'était un seigneur connu pour sa diplomatie quand il n'y avait pas d'arme à proximité, sa grande courtoisie mais surtout ses capacités guerrières et sa propension à prendre des décisions rapides, tranchantes et efficaces. C'était un homme de grande taille et de grande prestance, qui dépassait ses compagnons d'une à deux têtes, avec une épaisse barbe rouge et des yeux verts ; un homme d'action avant toute chose.

Il passa la nuit en prière seul dans la grande chapelle du Palais du Verger. Au matin, il reçut des nouvelles inquiétantes en provenance de Tayya. Les Rogomètes étaient amassés en-dessous de ses murailles.

Il fit célébrer la première cérémonie qui le ferait véritablement roi. Il y en avait sept en tout. Auxquelles s'en ajouteraient d'autres. Mais pas dans l'immédiat. Et autant de jours avant de pouvoir faire quoi que ce soit.

Vêtu d'une magnifique robe de sacre aux couleurs chatoyantes, il prêta une première fois serment, assista aux sacrifices, à des prières, à des chants, à des lectures, à des discours, puis reçut l'hommage du premier des barons. Le duc de Crifeen en l’occurrence. La ville se réjouit ensuite en banquets, ripailles et danses tandis qu'il pria de nouveau jusqu'au coucher du soleil.

Pendant ces sept jours entiers, il ne pensa qu'à la ville de Tayya et à son ami le duc, de qui il n'avait aucune nouvelle information. Son sauvetage serait son premier exploit. Il l'avait déjà libérée d'un siège autrefois, aux côtés du défunt roi Wrhean. Les murs de Tayya étaient épais, aussi solides que ceux de Crifeen et aussi hauts que ceux de Wac ; mais la citadelle contenait peu d'hommes. Son duc n'était plus en mesure de tenir longtemps. Sa vie pouvait s'éteindre à tout moment et personne ne le remplacerait.

Haffron prit le risque de ne pas abréger les cérémonies. Un grand risque, mais nécessaire s'il ne voulait pas être traité comme usurpateur par la suite. Il connaissait les lois. Les barons aussi. Il ne serait roi qu'une fois ces réjouissances menées à leur termes. C'était le jeu préféré des Ttamines : jouer sur les mots et les tournures avec lesquelles leurs lois avaient été mises par écrit.

Pourtant, il fut parcouru de frissons tandis qu'il reçut l'hommage du troisième baron. Trois ou quatre jours suffisaient à rejoindre Walcaff depuis Tayya. Les Rogomètes pourraient être là le lendemain, peut-être le jour d'après. Les barons étaient enfermés à l'intérieur. Les armées éparpillées à travers les territoires. Il n'aurait aucune chance. Son royaume tomberait sans coup férir.

Ce qui fut pour ses prédécesseurs le plus beau jour de leurs vies fut pour lui un cauchemar.

Après la septième journée, il reçut enfin le sceptre et l'épée. Il fut assis sur le trône et les dernières formules furent prononcées tandis que le pontife lui posait doucement la couronne sur la tête. Pendant un bref instant, il oublia Tayya, les Rogomètes et ses soldats tandis qu'il sentit le métal froid et lourd à travers sa coiffe. La foule se mit à hurler et à taper des mains et des pieds sur tout ce qu'elle pouvait trouver pour exprimer sa joie. Il était, désormais, le mille-cent-vingt-neuvième souverain des Ttamines, Haffron IV.

Il donna alors ses ordres. Des ordres qu'il avait largement eu le temps de peser et de trancher. Il renvoya les barons dans leurs cités respectives, envoya des messagers dans le nord et le sud ainsi que d'autres qui ne partiraient que dans des circonstances précises. Il fit rapatrier ses troupes de Jaffra et en fit lever dans le domaine royal, puis partit au grand galop.

La cité tenait bon. Le vieux duc n'était pas encore mort et dirigeait les opérations du mieux qu'il pouvait, soutenu par sa canne. Sans plus attendre, le roi fit monter les tentes à l'écart, derrière un bosquet pour ne pas être repéré par les troupes ennemies.

La bataille s'engagea le lendemain. Les Rogomètes lancèrent l'assaut sur la porte principale et se retrouvèrent pris en tenaille. Quelques survivants réussirent à échapper à la mort et rejoignirent leur roi à Marom. Celui-ci envoya d'autres troupes mais qui n'arrivèrent pas à faire plier Haffron, ni à lui faire subir de revers particulier. Pour les Rogomètes, les Ttamines étaient tout au plus des barbares sans organisation, à peine capable de se servir d'outil plus sophistiqués que des épées et des bâtons et de filer de la laine (même s'il le faisaient très bien). Outre cette image faussée, les Ttamines tenaient à faire honneur à leur roi, qui les observait tout en se battant.

De guerre lasse, à la mort du roi Orpheme, les assauts cessèrent et Haffron put retourner à Walcaff.

Il fut cependant blessé lors d'une des dernières attaques et dut se faire remplacer quelques mois par son frère, désormais duc de Jaffra. Haffron avait deux fils à l'époque. Le premier s'appelait Ffare selon son grand-père, tandis que le deuxième, né au Palais du Verger, avait été appelé Ttachn. La reine mourut cependant pendant sa convalescence. Il se remaria le deuil fini.

*



* *

Les années qui suivirent furent beaucoup plus paisibles tandis que les Rogomètes enchaînaient les coups d'état et les coups bas. Cependant, Haffron restait conscient de la menace qu'ils représentaient, si jamais ils arrivaient à s'unir derrière un grand chef. Il renforça la défense de Tayya et de la région alentour et rechercha l'amitié du roi de Machia, lui aussi en proie à des attaques, perpétrées par un royaume Rogomète, dans le sud. Il descendit à plusieurs reprises combattre à ses côtés dans la plaine de Lhoma. Le duc de Wac y perdit en influence, lui, dont la fonction principale était de protéger les Ttamines de ce même roi.

Seize ans après son accession au trône, une nouvelle inattendue traversa la grande voie de Walcaff, jusqu'aux portes du Palais du Verger. Elle était portée par un homme habillé d'un épais manteau de laine rousse qui lui couvrait partiellement le crâne, à la manière des Ttamines du nord-est. Son chameau supportait mal le climat plus humide de la région et tenait à peine sur ses jambe à cause de sa longue course ininterrompue.

« Je demande une audience immédiate avec le roi Haffron. » S'écria-t-il devant le portier.

Il lui tendit un bâtonnet d'os qu'il arracha de son cou pour couper court aux interrogations. Après l'avoir examiné une minute, le portier disparut un instant dans le bâtiment puis revint peu après pour le guider jusqu'au roi, qui se tenait alors dans le salon de chasse. Le messager posa rapidement le genoux à terre puis en se redressant s'adressa à Haffron en ces mots :

« Votre altesse, Phenn Llurch est mort lors de la dernière pleine lune à Phyrra. »

« Phenn Llurch ? Le Démon ? Mort ? En es-tu absolument certain ? »

« Sûr et certain. »

Il s'agissait du roi des Lwnouns. Il régnait sans partage sur la presqu'île de Nnaurphaïv, au cœur de la mer Cellerine. Uura se trouvait dans le voisinage de ce royaume. Autrefois, disait-on, cette terre avait été leur propriété à eux, les Ttamines ; mais le démon Phenn Llurch, comme beaucoup l'appelait en référence à sa grande taille et ses pouvoirs mystérieux, était descendu des terres au-delà du nord et s'était fait seigneur de la région, cent générations de Ttamines plus tôt.

Le roi se caressa la barbe. Tout ce que cette nouvelle pouvait annoncer défilait dans son esprit. Il se rappela que l'or de sa couronne provenait des mines de la presqu'île, dont les montagnes étaient engorgées. De même, son trône, son sceptre et le trésor de nombreux temples à travers son territoire. L'or n'avait pas de valeur financière pour les Ttamines. C'était un métal tabou, réservé aux seuls dieux et à leur service. Le roi de Machia tuerait cependant pour de telles richesses, de même que nombres de peuples du sud.

Il n'avait qu'à conquérir la presqu'île, désormais sans protecteur ; mais y avait-il une conquête à faire ? Phenn Lurch avait, selon nombre de source, fabriqué son peuple par magie, à partir de son sang et de ses larmes. Avait-il survécu à leur créateur ?

« Oui. » répondit le messager qui restait devant lui bras croisés « Et il possède un nouveau seigneur à travers sa fille, dame Leuen. »

Haffron ne dissimula pas son déplaisir. Ç'aurait été trop beau. Il se ressaisit et dit :

« Quel genre de reine est-elle ? »

« On dit qu'elle n'est pas aussi puissante que son père, mais qu'elle possède des pouvoirs de même nature. En revanche, elle n'a pas hérité de sa politique. Elle a demandé à rencontrer mon seigneur le duc, et se dit prête à entretenir en personne des relations amicales avec notre pays. »

Le roi le remercia, puis lui ordonna de rester à Walcaff jusqu'à ce qu'il lui donna des directives. Il s'affala ensuite sur une chaise, pour la première fois de sa vie pris au dépourvu. Fallait-il rencontrer la dame des Lwnouns à Phyrra ou l'inviter à Walcaff, attaquer la presqu'île ou agir en diplomate ? Il abandonna l'idée d'employer la force ; une possibilité trop coûteuse et hasardeuse. Il ne pouvait ni dégarnir les frontières, ni lever de nouvelle troupe, ni faire appel à ses vassaux, dont les armées participaient déjà à plein temps à la défense, ce qui réduisait en conséquence le nombre de guerres privées. Il ignorait en outre les véritables intentions de la reine et l'étendue de sa puissance.

Il renvoya finalement le messager dire au duc d'être le plus courtois possible avec elle, de s'attirer autant que possible ses faveurs quitte à tomber dans la flagornerie et lui offrir un service irréprochable de cirage de pompes. Quant à lui, il comptait profiter des quelques mois qui suivraient pour faire le tour du royaume et obtenir l'hommage des ducs mineurs, ce que l'urgence puis la négligence l'avait empêcher de faire jusqu'alors.

Il confia la garde de Walcaff à son fils aîné. Le cadet, Ttachn, avait demandé à faire partie de sa mesnie. Il rassembla une troupe nombreuse, digne de la grandeur d'un des plus grands rois de son temps, composée principalement des dames et des demoiselles des plus nobles lignées du royaume et de nombreux chevaliers et vavaseurs connus pour leurs valeurs. Il les tria avec soin de peur de paraître s'être accoquiné avec des gens de mauvaises vies, puis leurs offrit à chacun les tentes et les accessoires somptueux nécessaires à leur voyage.

Il commença par visiter l'ouest, Tayya était la ville la plus proche puis Ttam un peu plus au nord. Il partit ensuite à Tiwwyr puis remonta jusqu'à Nnorhan avant de rejoindre enfin Uura. Il fut très heureux de prendre son temps, tant il prenait du plaisir à imaginer le duc d'Uura empêtré dans sa mission, lui qui était connut pour son impétuosité. Il lui fallut plusieurs mois pour atteindre son objectif.

Le duc l'accueillit avec une joie immense, sans tarir d'éloge sur la personnalité de Leuen.

« Elle n'a rien d'un démon, commença-t-il, elle est charmante, un jolie brin de fille, courtoise, bien élevée et très intelligente, je suis sûr que la défunte reine l'aurait adorée. En revanche, je ne peux pas m'empêcher de me sentir mal à l'aise en sa présence, elle étouffe l'atmosphère tant elle est merveilleuse. »

Haffron, une fois ses obligations habituelles conclues, souhaita prendre contact avec elle et, si possible, la rencontrer en personne. Peu habituée à la politique, elle l'invita aussitôt à Phyrra, avec sa mesnie. Sa lettre et sa naïveté fit sourire le roi qui lui répondit avec joie. Il franchit la frontière et s'arrêta deux jours à Akkua, une ville vassale des Llurch. puis continua sa route comme s'il était encore dans son royaume.

Quand il passa les portes de Phyrra, il fut accueilli par une foule de créatures qui le conduisirent avec sa mesnie jusqu'au palais où la dame les attendait. Le roi s'étonna de leur nombre et de leur taille. Six-cent tout au plus, qui ne dépassaient pas son bassin. Partiellement animaux, semblait-il, ils ne portaient presque rien. Combien de temps pourraient-ils tenir la ville à eux seuls ?

« Je suis heureux de vous rencontrer votre Altesse. »

Dame Leuen ne ressemblait en rien à l'idée que Haffron s'était fait de son père, ni aux Lwnouns. C'était une femme de petite taille, comparée aux Ttamines, qui possédait des caractéristiques la faisant sortir de l'humanité : une fourrure courte, proche d'un duvet sur toute la surface du corps, des oreilles de chaque côté de la tête semblables celles des chauves-souris et quatre doigts griffus à chacun de ses membres. En dehors de cela, elle était charmante. Elle avait de grands yeux sombres et de longs cheveux noirs enroulés et noués autour de sa tête. Sa robe était probablement un don du duc d'Uura, le roi reconnut ses goûts.

Le fils de Haffron était moins imposant, même recouvert de son armure. Le jeune homme était un peu plus grand qu'elle et avait les mêmes cheveux que son père, des yeux gris et un visage en triangles. Il était d'une nature peu loquace, regardait rarement les gens dans les yeux, trop occupé à contempler ses pieds. Lorsqu'il se battait, alors il retrouvait la sauvagerie pour laquelle était connue la maison Palliog.

Dès qu'il vit la reine, et bien que leurs yeux ne se croisèrent pas, il fut ensorcelé par ses charmes. À partir de cet instant, il devint incapable de se séparer d'elle sans tomber dans un malaise existentiel qui le rendit au mieux mélancolique, au pire agressif et violent.

Dès leur première rencontre, ce changement, pourtant encore insensible, n'échappa pas au roi, à qui ce genre de détails n'échappait jamais. Toute intention belliqueuse s'échappa alors de son esprit, il avait un meilleur projet. Il s'amusa à observer les joues de son fils roussir, d'un air mi-amusé, mi-opportuniste, à chaque fois que la reine prononçait la première syllabe de son nom, y compris lorsqu'il n'était question que des variétés de pommes qu'elle leur avait fait servir à table. Un bien jolie spectacle.

*



* *

Le roi des Ttamines resta très longtemps à Phyrra. Trop, pensait-il, mais le jeu en valait la chandelle. Il en revint avec une bru et un traité d'alliance au-delà de ses espérances. En repassant à Uura, il était d'une humeur si joyeuse qu'il récompensa le duc en faisant de lui un des barons du royaume, car il avait besoin que les sept places de la Salle Verte fussent occupés pour faire passer son projet. Il envoya des messagers pour que les barons le rejoignissent à Walcaff puis y retourna lui-même.

Les barons ne partagèrent pas son enthousiasme.

« Ne serait-il pas plus simple de s'emparer d'Akkua ? » rétorqua le vieux duc de Wac.

« Dame Leuen est la fille de Phenn Llurch. » Répondit le roi Haffron. « Elle saura faire face à notre hostilité, et nous n'avons pas les hommes pour cela. »

Plusieurs barons acquiescèrent, les autres gardèrent les yeux baissés sur la copie du document que le roi leur avait fait passée.

« Le plus gros problème … » commença le duc de Mann, « concerne le mariage de votre fils … ou plutôt de votre fils lui-même. En toute honnêteté, je pense que nous l'aurions rejeté quelles que soient les circonstances. Il n'a pas l'étoffe d'un roi. »

Des murmures d'approbations parcoururent l'assistance.

« C'est quelqu'un de trop faible. » ajouta Neemel Themil tandis qu'on lui jetait des regard ironiques « qu'il soit roi des Lwnouns mais je m'oppose à ce qu'il soit notre seigneur. »

Haffron serra les poings derrière son dos, le visage impassible. Lui-même aurait désigné quelqu'un d'autre, mais la reine des Lwnouns était catégorique sur ce point. Elle n'accepterait de satisfaire un certain nombre d'exigences, notamment que ce traité d'alliance soit définitif, que dans le cas où son époux obtînt le trône des Ttamines. Pour elle, un royaume se transmet de parent à enfant, d'oncle à neveu et de cousin à cousin, elle ne considérait donc comme un problème que la présence de rivaux au sein des parents du roi, peu au fait des monarchies électives.

Le duc d'Uura prit cependant son parti, de même que quelques autres. La plus grande peur des barons semblait en fait que la reine eût une trop grande influence sur son faible époux. Avec persévérance, Haffron obtint progressivement des voix favorables. À la fin de l'année, lorsque les barons retournèrent dans leurs terres, il ne restait plus que les ducs de Curra et de Wac à s'y opposer.

Ce dernier invita le roi à venir le rejoindre pour chasser dans la forêt de Cyabbor. Les jicabbs à pois promettaient d'être nombreux et solides cette année.

Le roi accepta. Il avait besoin de prendre l'air. Au bout de quelques jours dans son pavillon de chasse, alors qu'ils discutaient de choses et d'autres en privé, le roi évoqua de nouveau le sujet.

« Je n'ai en réalité aucun problème avec votre choix. » Dit le duc d'un ton neutre.

Puis, après avoir observé sa réaction :

« Mon problème est plutôt : qu'aurais-je à gagner à me ranger à vos côté cette fois-ci ? Et qu'ai-je gagné à vous aider à accéder au trône ? »

Le duc se mit à bourrer tranquillement sa pipe, le roi manqua de faire tomber sa chope. Il répondit ensuite :

« Votre obstination ne vous apportera rien. Elle ne fera que réduire la confiance que nous porte la reine Leuen. »

« Effectivement, mais rien ne dit que vous vivrez plus longtemps que moi, malgré mon âge avancé. Je compte bien m'y opposer quitte à conduire les barons dans des mois voire des années de discussions stériles après votre mort qui mettrait en péril la stabilité du royaume. »

Le roi posa sa chope puis lui emprunta une pipe et du tabac. Il n'avait pas fumé depuis des années.

« Neemel ne cédera pas à ce sujet. » continua le duc « Or, vous ne pourrez retirer son titre d'électeur qu'à un seul baron pour conserver la fidélité des autres. Sans cela, vous n'auriez pas fait débattre aussi longtemps à ce sujet pour obtenir progressivement leur voix pour un vote qui n'aura lieu que dans des années, après votre mort. Vous avez donc besoin que je vous rejoigne le plus tôt possible. Je répète donc ma question : qu'aurai-je à gagner ? »

Le roi réfléchit un instant, mais le duc repris presque aussitôt :

« Je propose que vous épousiez ma fille Hamalia. »

Le roi s'étouffa.

« Je suis déjà marié. »

« Virez-la. » répondit simplement le duc.

Ce que fit le roi. Le duc resta inflexible, pendant toute la durée de son séjour et il n'eut d'autre choix que d'accepter au final, à contrecœur. La nouvelle reine tomba rapidement enceinte et donna naissance à un fils qu'ils appelèrent Cenn.

Dame Leuen fit le chemin jusqu'à Walcaff pour signer définitivement le traité avec une mesnie impressionnante. Puis, sur le conseil de Haffron, elle fit route jusqu'à Jaffra pour son mariage, car l'épouse du duc de Jaffra en était à son huitième mois de grossesse et ne pouvait pas se déplacer pour le mariage de son beau-frère. Les nouveaux époux retournèrent enfin à Phyrra où Ttachn fut couronné roi des Lwnouns.

*



* *

Cette histoire l'avait plongé dans un état de fatigue permanent, mais Haffron n'eut pas à se plaindre de cette alliance, ni son royaume. Leuen adorait l'art et le commerce, elle fit venir des marchands, des troubadours et des artisans de toutes sortes de tous les pays du monde. Ils passaient par les villes Ttamines avant de pouvoir rejoindre Phyrra où la reine payait grassement pour absolument tout ce qui lui passait sous le nez et qu'elle n'avait pas encore, qu'il s'agît de plantes de d'animaux, en passant par les livres, les étoffes, les bijoux, les matières premières, les œuvres d'art, la nourriture, les curiosités, rien ne semblait trop insignifiant ou trop cher pour qu'elle renonçât à une acquisition. L'or ne lui brûlait pas les doigts, il paraissait apparaître dans ses mains par poignées entières, puis ruisseler jusqu'aux poches des marchands ambulants puis des Ttamines sur le chemin du retour, comme taxe.

Après une trentaine d'année de règne, Haffron fut gravement blessé. Il chevauchait en direction de Machia avec sa suite quand un cerf de belle taille poursuivi par une meute de chiens sauta par dessus un buisson et heurta le cheval du roi qui se cabra et propulsa Haffron contre les dalles, tête la première. Il mourut dans l'heure qui suivit.

Après son enterrement dans la nécropole des Palliog, la reine Hamalia prit les rênes du royaume le temps que Ttachn apprît la nouvelle puis se rendît à Walcaff, tandis que les barons se rassemblaient dans la Salle Verte.

Ttachn ne devait toutefois jamais franchir de nouveau la frontière. La reine Leuen et sa fille de deux ans arrivèrent seules, vêtues et coiffées de noir.

« Mon mari est mort. » leur annonça-t-elle « Le roi Haffron avait promis qu'un roi des Lwnouns monterait sur le trône des Ttamines, en échange d'une union équitable entre nos deux pays. Je vais bientôt donner le jour à mon deuxième enfant. Je demande donc à cette assemblée de respecter la parole de feu votre roi. »

Personne ne bougea pendant un instant, puis les barons se regardèrent du coin de l'œil. Le duc de Jaffra se leva :

« Dame de Phyrra » dit-il « Nous les Ttamines n'avons pas pour habitude de transmettre le trône à des enfants, ni les droits au trône des morts à leurs héritiers. Toutefois, la situation est bien plus complexe que toutes les élections qui ont eu lieu jusqu'alors, puisqu'elle concerne l'avenir de nos deux pays. » puis se tournant vers ses pairs : « Je propose donc à cette assemblée de se dissoudre jusqu'à la naissance de l'enfant. Au moment où l'on saura s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon. Que chacun de nous réfléchisse dans son coin à ce que nous ferons, mais que toutes délibérations soient repoussé jusque là. »

Plusieurs tête acquiescèrent, mais tous les yeux restaient rivés sur l'étrangère et ses doigts griffus assis parmi eux. La séance fut levée, Leuen s'installa chez son beau-frère.

Mais si ce sujet ne fut jamais évoqué dans la demeure du duc de Jaffra, les discussions allaient bon train d'un bout à l'autre de la ville. La veuve d'Haffron en particulier fit un grand nombre de visites aux barons. Elle avait dors et déjà l'appui de son père.

Il était hors de question de faire monter sur le trône le roi des Lwnouns. Ce serait indubitablement le portrait craché de son grand-père, ce démon de Phenn Llurch. Haffron avait proposé de faire monter sur le trône un Palliog, son fils, pas un Llurch.

Or quoi de plus normal que de remplacer un fils par un fils ? Le fils de Yyalca par celui d'Hamalia ?

Petit à petit, cette idée faisait son chemin. Plusieurs barons soulignèrent que cela irait à l'encontre des termes du traité passé entre Haffron et Leuen.

« Effectivement, mon mari avait promis qu'un roi des Lwnouns monterait sur notre trône. Mais faut-il que cela soit ce roi ? Que les enfants de Ttachn épousent des Ttamines et, d'ici quelques générations, ses engagements finiront par être respectés, le roi des Lwnouns sera notre seigneur, un roi adulte et apte à gouverner, un autre roi que le fils de cette tigresse. »

Leuen accoucha au début de l'automne.C'était un garçon, Tlyrn Llurch, ou Tlyrn Palliog comme l'appelait le duc de Jaffra.

Celui-ci fut le seul baron à défendre les droits de son neveu quand la question fut posée de nouveau dans la Salle Verte. Exceptionnellement, les deux reines avaient été autorisées à assister aux débats.

La reine des Lwnouns s'étrangla d'indignation devant l'avalanche désorganisée d'arguments et de mauvaise foi qu'elle dut subir alors, sous le regard triomphant de sa rivale. Elle voyait son beau-frère tenter de défendre les droits de Tlyrn, mais les barons ne faisaient aucun cas de sa parole. S'il n'était pas d'accord avec eux, ils le chasseraient et rendrait le titre de baron à Neemel Themil. Elle n'avait pas le droit de parler, mais, n'en pouvant plus, elle se leva pendant la séance, les pieds de son fauteuil et ses griffes rayèrent bruyamment le marbre, puis elle sortit de la salle et quitta Walcaff sur l'heure.

Le duc de Jaffra ne tenta rien pour la retenir, au contraire. Hamalia lui demanda d'user de son amitié envers Leuen pour obtenir qu'Audaï et Tlyrn fussent éduqués à Jaffra. Méfiant, il envoya un message à sa belle-sœur, pour qu'elle ne quittât plus jamais la péninsule.

Une fois de retour dans son domaine, la dame de Phyrra fit chasser tous les marchands qui pourraient rapporter son or dans les terres des Ttamines. Elle ne voulait plus avoir de contact avec eux. Lorsque l'armée du nouveau roi prirent Akkua puis Taruua d'assaut, elle fut comme l'avait prévu Hamalia : incapable de défendre son territoire. Elle perdit le contrôle de tout, à l'exception de Phyrra.

Les barons et leurs rois déchantèrent néanmoins rapidement. Bien que Leuen Llurch n'eût pas la puissance de son père, elle savait utiliser la magie. L'or convoité des Ttamines ne pouvait plus passer Uura sans devenir du fumier.


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